jeudi 29 mai 2008

Samedi 15 Mars : L'embuscade de Maipo


Par Hervé

Nous nous réveillons ce matin avec le doux soleil chilien qui illumine la cité portuaire de Valparaiso. Nous prenons le petit déjeuner en compagnie de Alfonso qui nous a rejoint pour nous donner des informations sur les choses à faire et à voir pour cette dernière matinée passée ici. Une fois nos douches prises dans la salle de bain la plus kitch jamais rencontrée (le rideau de douche représente des poissons bleus et jaunes, la cuvette est recouverte d’une épaisse moquette rose assortie avec le porte papier WC… très classe…), nous sortons pour nous perdre dans le dédale des rues de Valparaiso qui est une véritable zone de non-droit et de liberté en terme de construction, d’architecture et de décoration. Ici, il n y a aucune norme, aucune référence, aucun étalonnage. Les rues, tout d’abord, sont toutes en pente, sinueuses et tellement étroites par endroit qu’un passage en voiture est impossible. Ceci est expliqué en partie par le fait que les maisons ici ne respectent aucune règle de construction.
Elles sont implantées n’importe comment sur les multiples flancs de la petite montagne qui plonge dans l océan Pacifique, comme des champignons qui poussent au gré des pluies sur les pentes d’une forêt. L’architecture essaie ensuite de s’adapter à la forte inclinaison de la colline ; les murs, fenêtres, portails, escaliers, jardinets, terrasses et garages essayant de trouver une place parmi les constructions déjà existantes, en épousant au mieux les courbes et angles impossibles des lieux. Peintures et décorations sont aussi une spécificité de la ville ; un peu comme à l’image du pays, mais en plus marqué encore. Murs et toits en tôle sont peinturlurés de différentes couleurs, avec une variété de teintes des plus flashs au plus pâles. Il y a aussi des énormes graffitis ou dessins sur les murs, comme des fresques des temps modernes. Cela donne au final un résultat aussi saisissant que détonnant, pour le plaisir des touristes et des amateurs de photographies ou peintures que l’on trouve au détour de chaque ruelle ; essayant de retranscrire au mieux le spectacle architectural qui s’offre devant leurs objectifs et pinceaux. Rajoutez-y la quinzaine de « Funicularios » qui permettent de circuler au sein des différents quartiers et cerros de la ville et vous aurez une vue d’ensemble de Valparaiso. Nos avis sont partagés quant à cette petite bourgade classée au patrimoine mondial de l Unesco. Nous sommes charmés par l’originalité des ruelles et funiculaires qui quadrillent les flancs de la colline, mais déçus par le port qui n’est qu’industriel ou militaire et le caractère sale et délabré de certains endroits, renforcé par les multiples câbles vieux et huilés qui pendent en grand nombre au dessus de nos têtes.
Nous flânerons ainsi dans Valpo pendant plus de 2 heures avant de retourner chez Alfonso pour reprendre nos sacs, lui faire nos adieux et le remercier pour son accueil chaleureux. Nous retraverserons la petite cité portuaire une dernière fois, non sans faire un détour par une ruelle marchande pour acheter quelques victuailles, afin de regagner le bus qui nous ramènera sur Santiago. Nous arriverons dans la capitale chilienne en milieu d’après midi d’où nous repartirons directement pour le Sud destination le Canyon Del Maipo. Nous hésitions avec Cécile à rester tranquillement sur Santiago mais le Lonely Planet nous décrivait 1 lieu assez proche avec petite cascade et surtout vue imprenable sur les Andes, via la traversée du Canyon del Maipo. Notre côté aventurier prendra finalement le dessus et nous voilà embarqués, après plus d’une heure de recherche, à bord du bus public. Le trajet de ce dernier sera interminable, car c’est une ligne locale qui s’arrête à chaque coin de rue de Santiago avant de faire une extension pour Maipo. Je commence à être fou de rage et rempli d’inquiétude car nous avons perdu un temps précieux avec tous ces arrêts et qu’il nous faut être revenu à bon port avant la tombée de la nuit. Nous partons en effet pour le Pérou le lendemain à l’aube et nous devons récupérer avant nos affaires à la buanderie proche de l’hôtel. Finalement, après plus de 2 heures passées dans le bus et devant l’incertitude de la durée pour atteindre notre destination, nous décidons de descendre de ce dernier afin de faire demi-tour... Nous voilà donc dans un petit hameau au milieu de nulle part à attendre sans en être sur vu l‘heure tardive un bus qui nous ramènera à nos pénates. C’est après 15 minutes d’attente au bord de la petite route que les 2 hommes apparaitront, surgissant du chemin situé en arrière de l’échoppe ou nous attendons. Rien de surprenant en soi aux premier abords sauf que je remarquerai vite que l’un d’eux a une attitude particulière. Il ne parait pas être dans un état normal, titube et semble alarmé, désemparé. Nous sommes un petit groupe de 4 personnes à attendre et c’est bien sur vers moi qu’il vient palabrer en espagnol, probablement à son expression, demander de l’aide ou un service. C est lorsqu’il s’approchera de moi que je me rendrai compte que le jeune homme à l’avant bras gauche ensanglanté, avec 2 gigantesques balafres de plusieurs centimètres de long… A son regard vitreux et vide et ses pupilles dilatées, il ne fait pas l’ombre d’un doute que ce dernier a consommé de la drogue il y a peu. Les choses ont donc pris une autre tournure. On ne sait pas comment peut réagir cet individu, sous l’effet de la drogue et avec ces profondes blessures…Heureusement pour nous, il ne semble pas armé et semble plus nerveux et désemparé que dangereux. Son ami, dans un état normal à priori, a de plus envie de calmer son acolyte et toute situation qui pourrait devenir délicate. A ses demandes, je répondrai no entiendo (je ne comprends pas) plusieurs fois alors que son compagnon tentera de le dissuader et de continuer leur route. Après quelques secondes qui nous sembleront longues, le couple rentrera finalement dans le petit magasin avant d’en ressortir et de partir en titubant sur la route vers un poste de pompiers situé non loin de là, non sans risquer de se faire écraser à plusieurs reprises. Ouf ! Nous ne sommes pas passés loin… la situation aurait pu être pire…on ne connaît pas la réaction de drogués, blessés de surcroît. Avec ce petit incident, la tension monte d’un cran et l’atmosphère devient plus pesante, l’attente beaucoup plus longue. Nous sommes au milieu de nulle part, dans une bourgade isolée ou il n’y a quasiment personne avec un shooté blessé qui rode pas très loin et qui peut revenir à tout instant avec une attitude plus dangereuse. Tout va bien ! Seule solution pour nous tirer de ce mauvais pas, le bus, qui ne viendra peut être jamais, le taxi ou le stop.
Les seuls taxis qui passeront seront pleins ou embarqueront le couple de locaux devant nous. Nous sommes désormais tous seuls avec la petite échoppe qui va bientôt fermer ses portes… C’est alors que nous verrons au loin la silhouette difforme d’un grand amas de tôle qui semble venir de la route en notre direction. Nous n’y croyons pas au début car cela peut être un gros camion mais de plus en plus au vu de sa couleur et forme si particulière et de ses nombreuses vitres sur le côté. Sauvés ! C’est bien le bus public ! Jamais nous ne serons montés avec autant de joie dans un transport en commun… Nous pouvons souffler un grand coup une fois installés dans nos sièges et quittant ces vilains lieux. Nous l’avons échappé belle et Cécile m’avouera avoir eu très peur mais ne l’aura pas montré pour ne pas m’affoler. Nous savions que ce Tour du Monde proposerait indéniablement des moments de peur ou d’angoisse. Celui là en fait partie et nous espérons bien qu’il soit le dernier même si nous savons que le Pérou ne nous a pas été décrit comme un pays très sécuritaire… Sur le chemin du retour qui sera bien plus rapide qu’à l’aller, nous pourrons admirer le splendide coucher de soleil qui s’abat lentement sur les contreforts des Andes et sur la mégalopole chilienne, lui donnant 1 couleur pourpre remarquable. Le chauffeur a semble t il envie d’être rapidement en Week End car il conduit comme un malade, prenant tous les virages à 100 à l’heure et n’ayant que très peu d’égard pour les ralentisseurs ou les gens à proximité sur les trottoirs. Nous nous cramponnons comme nous pouvons en essayant de malgré tout profiter du très beau coucher du soleil et de nos dernières heures d’observation de Santiago. Nous pensions en avoir fini avec les surprises en arrivant à notre hôtel mais cela ne sera pas fini… Nous nous rendons en effet à la laverie pour récupérer nos affaires propres mais celle-ci nous apparaîtra fermée avec le rideau en fer tiré…Ce n’est pas possible… On nous a jeté un sort ! Nous prenons toutefois cette mésaventure avec détachement et humour car nos vies ne sont pas en danger et ce ne sont que des vêtements. Le problème est que nous partons le lendemain matin à 6h pour le Pérou… Comment faire pour les récupérer avant ? Nous demanderons à notre hôtel et un autre hôtel proche de la laverie s’ils connaissent la personne pour la contacter chez elle ou sur un portable mais ils ne pourront nous venir en aide. Alors que Cécile préparera les sacs dans la chambre, je descendrai à l’accueil de l’Hôtel Paris pour régler nos nuitées et solutionner avec Miguel, le charmant et aimable réceptionniste, le problème des vêtements restés à la laverie. Nous avions déjà envoyé par la poste chilienne 1 colis en France donc je connaissais les tarifs. J’avancerai donc à Miguel la facture de la laverie et l’envoi du colis postal en France, en comptant sur sa bonne foi et l’honnêteté chilienne pour qu’il effectue le service demandé. Je rejoindrai Cécile dans la chambre pour l’aider à finir de préparer les affaires. Ce qui est pratique en laissant 3 kgs de vêtements dans une laverie, c’est qu’il y a plus de place dans les sacs et que ces derniers sont moins lourds à porter. La chose moins pratique est que nous avons désormais non plus 2 mais 1 seul exemplaire de sous-vêtement, pantalon, t-shirt et pull pour les 15 derniers jours du voyage… Ca sent le réassort péruvien à plein nez tout ça ! A 22h30, nous pouvons bien entendu faire une croix sur l’habituel petit resto que nous nous permettons de faire chaque soir précédant le départ d’un pays. Ce n’est pas grave, nous sommes mieux ici dans notre chambre d’hôtel, à picorer les restes de midi qu’à Maipo, dans ce petit hameau où nous avons failli rester. Nous règlerons et vérifierons nos alarmes qui sonneront dans quelques heures…Une courte et dernière nuit chilienne avant de s’attaquer à la dernière étape de notre périple et non des moindres : l’inquiétant et mystérieux Pérou.

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