dimanche 15 juin 2008

Mercredi 19 mars : Canyon Del Colca


Par Cécile
Nous prenons la route ce matin pour deux jours d’expédition au Canyon Del Colca proposée par Guillermo. Cela fait partie d’un tour organisé, il nous est juste demandé de nous laisser porter. Cela ne correspond pas à notre vision du voyage mais après deux mois et demi de pérégrinations, cela n’est pas pour nous déplaire : des vacances dans les vacances…
Qui plus est, c’est un tour en petit groupe, embarqué dans un minibus. Comme à l’habitué, accompagné du strict minimum, nous nous enfournons les premiers dans le van pour un tour de ramassage touristique… Nous avons droit ce matin à un spectacle théâtral navrant d’un couple quadragénaire créant un scandale car ils n’étaient pas sur les deux premiers sièges du véhicule.
Malgré les tractations et négociations de la guide, celle ci se verra obligée de demander aux personnes installées à ces places d’avoir la gentillesse et l’intelligence de se déplacer vers le fond.
Après cet intermède désolant, nous roulerons 10 minutes avant le premier arrêt intra-muros permettant de se fournir en friandises, boissons et feuilles de coca pour les plus avertis. En effet, au cour de notre périple, nous allons atteindre une altitude de 4300 mètres, provoquant le soroche autrement dit le mal des montagnes. Les symptômes sont la difficulté à respirer, le mal de tête, perte d’équilibre, nausée…
Bien nous en a pris d’acquérir un peu de cette plante magique. Petit détail, le mode d’emploi n’est pas fourni avec… et au lieu de laisser les feuilles se décocter coincées entre nos gencives et notre joue, nous les avons mâchouillées comme un vulgaire chewing-gum, symbole de l’ère de grande consommation.
Pour s’assurer d’une efficacité maximum, nous en avons enfournées plus que de raison dans nos becs. Dans la lignée de la logique consumériste : plus on en met, plus c’est efficace…
Nos gosiers se trouvent en mauvaise posture avec de multiples morceaux d’herbe virevoltant et chatouillant notre glotte, provoquant l’effet inverse de celui escompté : des hauts le cœur…
Je me persuade aisément que cela aurait été pire, sans aucune mesure, sans Coca, non sans oublier de dégurgiter très vitre ce met relativement peu comestible.
Nous roulons une paire d’heures jusqu’à un plateau nous laissant toute joie d’observer les vigognes (vicougnasses en espagnol/péruvien, appellation combien moins flatteuse mais j’avoue qui me fait sourire, me remémorant systématiquement mes ex-coéquipière rugbywoman de Jacou). Le nom est retenu mais pas les spécificités morphologiques de cet animal comparé a ses cousins lama, guanaco et alpagas. En tout état de cause et de façon grossière, ça se ressemble. Les différences en jeu tiennent dans une histoire de hauteur de croupe, de typé de toison et de taille de queue (sans aucun sous entendu, s’il vous plait).
Hervé pourra sûrement vous détailler tout cela dans sa page culturelle péruvienne, à moins qu’il se soit déjà lancé, en bon apprenti archéologue sur les mystères des lignes de Nazca ou sur une étude de marché des bazars artisanaux (Nous aurons l’occasion de s’en reparler…).
L’observation fut de courte durée et nous atteignons quelques kilomètres plus loin le sommet et un nouvel arrêt marque l’heure d’une infusion…de…coca et un petit différent financier avec mon amour de comptable. C’est bien connu, les filles sont conçues pour dépenser et j’avais une envie irrépressible et un besoin médical (c’est une post rationalisation…) de la boisson magique malgré notre expérience pourtant pas si vieille…
Je me fais la réflexion que c’est une demande idiote de ma part et un faux besoin, que ce tour du monde devrait nous faire relativiser compte tenu des conditions de vie de certains peuples que nous rencontrons. J’ai l’impression de faire un caprice ! 3 mois de tour du monde ne suffisent sûrement pas à changer nos mauvaises habitudes de consommateurs insatisfaits. Gentiment, mon double me rapporte la boisson tant convoitée…
Là haut, les locaux attendent sagement les dizaines de bus quotidiens afin de leur proposer leurs produits artisanaux que nous auront tout loisir d’admirer pendant environ deux semaines à raison de dix fois par jour… Cela devient forcément lassant mais nous acceptons naturellement cet état de fait compte tenu que nous venons « polluer » leur terre et que les autochtones ont bien le droit d’en retirer un bénéfice. C’est notre action de venir les voir qui implique inéluctablement le développement touristique avec ce que cela peut induire. En plus, nous, les touristes nous permettons de critiquer les conséquences de nos actes, arguant que beaucoup de lieux sont des attrapes touristes…
Les péruviens ne sont pas aussi agressifs commercialement que nos amis thaïlandais à l’exception des enfants, redoutables vendeurs. Une petite fille me propose un bracelet que je refuse une première fois puis une deuxième fois jusqu’à la sixième fois où je m’entend affirmer d’une voix sure et ferme par l’enfant « Yes, you buy it ».
La deuxième école de vente consiste à ce que le bambin vous décline toutes les caractéristiques de votre pays : nom du président, actualités people et diverses et bien sur Zinedine Zidane !
Autre moyen de faire de l'argent, se faire prendre en photo aux côtés d'un bébé alpaga et d'une petite péruvienne (elles sont très jolies...) en échange de quelques piècettes...Personne ne peut résister!
Nous posons enfin le pied dans le village reculé de Chivay où il nous est proposé de nous restaurer avec un menu « touristico ». Nous voilà attablé avec une australienne et une anglaise avec lesquelles nous avons plaisir à faire plus ample connaissance et discuter de nos expériences de voyageurs. Nos affaires déposées dans nos hôtels respectifs, nous avons rendez vous pour nous détendre dans les thermes. Certains y verront l’occasion de se réchauffer car il fait froid et il pleut. Nous n’avons pas de maillots de bain et qui plus est, nous pensions que tout était inclus, ce qui n’est pas le cas. Nous déclinons l’invitation à la trempette (pour tout vous avouer, l’état d’hygiène ne nous a pas poussé à nous jeter à l’eau…). Nous irons donc nous promener sous la bruine aux alentours puis pendre un thé en amoureux dans une salle minuscule et sombre au cœur des thermes. Avant le repas qui s’avéra mémorable, nous déambulerons, essentiellement pour s’équiper du minimum vestimentaire au marché très local. Celui-ci est constitué d’une brochette de petits compartiments de 4m2 environ où les articles les plus divers se côtoient et s’entassent les uns sur les autres. On y trouvent naturellement nourriture, vêtements et surtout de superbes slips pour mon homme. Malheureusement, pour lui le boxer ou le caleçon ne sont pas entrés dans les coutumes et la gamme des produits slips n’est pas très éclectique… Je ne ferais pas l’affront de prendre en photos ses nouvelles acquisitions mais ne me gênerai pas pour lui rappeler le plus souvent possible l’esthétisme de ses nouveaux apparats.
Apprêtés de nos sous-vêtements de « soirée » nous pouvons aller assister au repas de gala. Nous ne prendrons qu’une boisson et une soupe, nous délectant du spectacle offert : un orchestre péruvien (musique dans le style « c’est très sympa mais pas plus de 5 minutes ») et un duo de danseurs effectuant des danses typiques qui consistent à se fouetter alternativement. Le bruit impressionnant donne l’impression d’une surenchère progressive jusqu’à l’arrêt du morceaux de musique. Le but pour le public est d’éviter de se faire happer par le couple pour l’apprentissage chorégraphique. Au final 50 % des touristes attablés se pavanent au milieu de la pièce dans une chenille effrénée et nous regardons ça d’un air apeuré et effrayé. Nous avons l’impression d’avoir atterri dans une scène des Bronzés…
Subtilement, nous essayons de nous échapper mais nous avons pris des petites routes en terre pour venir et ne sommes pas rassurés quand à rentrés à pied dans les ruelles sombres. Nous attendons donc le feu vert du départ pour regagner notre chambre et une courte nuit de sommeil : demain réveil à 4h…

Aucun commentaire: