mercredi 20 août 2008

Dimanche 23 Mars 2008 : Dimanche Tranquille à Taquile...


Par Hervé
Ce petit séjour passé sur les îles du Lac Titicaca, isolé de tout et de tous et ce à plus de 4000 mètres au dessus du niveau de la mer, restera un moment fort de ce tour du monde.
Le temps semble être ralenti, voire suspendu, comme si l’isolement et la particularité géographique des lieux conférait une échelle spatio-temporelle doucement engloutie par les eaux calmes du lac…
Il me semble en fait être sur une autre planète, comme dans un rêve. Toute réalité du quotidien, même celle qui est désormais la nôtre depuis plusieurs semaines est elle aussi en train de disparaître… Nous n’avons rien à faire. Même pas à nous soucier des simples commodités comme l’hébergement, le transport, la nourriture, les activités ; non tout est réglé.
Juste profiter avec quiétude et sérénité de ces instants semblant nous échapper, comme irréels. Admirer, sentir, observer, écouter, profiter,… Tout semble si simple sur l’île Amantani… :
Des petites maisons simples et singulières éparpillées sur les versants verdoyants qui plongent doucement dans les eaux calmes et limpides du lac Titicaca ; un doux soleil qui s’abat sans agressivité sur les multiples plantations, arbustes et autres fleurs qui garnissent l’ensemble de l’île, le tout balayé et mis en mouvement par une légère brise marine ; une très faible agitation humaine comme pour conférer plus de force et de pouvoir aux éléments, seulement quelques hommes qui reviennent des champs, quelques femmes qui s’affairent autour des maisonnées et des animaux, ânes et autres moutons qui paissent paisiblement dans ce havre de quiétude.
C’est donc ce cadre enchanteur que nous admirerons de longues minutes durant, une fois la porte grinçante de notre sommaire chambre à coucher poussée; constituée d’un petit lit, de vieilles couvertures, d’une bougie fatiguée d’une vielle table et de désuets calendriers.
Après avoir profité de la vue pendant de longs moments dans un silence total, nous descendrons les marches craquantes menant au rez-de-chaussée de la maison pour nous retrouver dans la petite cour intérieure donnant sur la sombre et minuscule cuisine d’où les voluptes de fumée s’en échappant par la cheminée nous indiqueront la présence d’Anselma en train sûrement de préparer le petit déjeuner.
Une autre porte donne sur le jardin potager au fond duquel se trouvent les toilettes dans un petit vestibule et dans lequel s’engouffrera ma douce. Je profiterai de ces quelques minutes de rare isolement pour faire une petite surprise à Cécile. Et oui, c’est aujourd’hui Dimanche de Pâques et vous connaissez tous et toutes désormais la frénésie de ma moitié pour le chocolat… Impossible de manquer à mes devoirs sous peine de vives représailles ! Je dissimulerai donc un petit Toblerone discrètement acheté la veille sur un des multiples stands de l’île (et oui, malheureusement même ici en ce coin reculé, le commerce et l’importation des petites friandises chocolatées suisses est de rigueur…) et ferai découvrir le fameux sésame à Cécile à coup de « Tu chauffes, tu refroidis » tout cela dans le jardin potager d’Anselma ! C’est donc avec une Cécile tout sourire que nous pénétrerons dans notre lieu de restauration où notre hôte nous servira un copieux petit déjeuner à base de grosses crêpes et thé au monia, une plante ressemblant à du thym et très odorante.
Après ce petit déjeuner des plus particuliers, nous récupérerons nos affaires car il sera temps de lever les voiles direction l’île Taquile située non loin de là. Nous dirons au revoir à la famille d’Anselma avant de procéder auparavant à quelques achats de manufacture réalisée par celle-ci. Un moyen pour nous de la remercier pour son accueil et de participer de façon minime et directe à une amélioration de sa qualité de vie. Nous achèterons donc un bonnet pour mon père et des chaussettes pour le père de Cécile, le tout en 100% alpaga il va sans dire et surtout, particularité de l’île Amantani, tissés par les habitantes de l’île lorsqu’elles marchent !
C’est un fait particulier en effet que nous avons remarqué dès notre arrivée. Toutes les femmes ont autour du cou quasiment en permanence un métier à tisser et réalisent dès qu’elles se déplacent un bonnet, des gants ou une paire de chaussettes. Une fois nos achats effectués, nous quitterons notre charmante auberge et suivrons Anselma qui nous conduira vers le minuscule port de l’île. Je laisserai un peu d’avance à Cécile et Anselma pour profiter pleinement et égoïstement de l’action qui se déroule sous mes yeux et de l’immortaliser en photo. Cécile marchant à côté de la maîtresse de maison en train de tisser et de descendre la petite pente verdoyante de l’île avec l’immense lac Titicaca en fond, scintillant de mille reflets et entouré de nombreuses autres petites îles…
Nous attendrons sur le pont supérieur du petit bateau que l’ensemble des dames ramènent leurs hôtes respectifs ; lesquelles se réuniront ensuite sur une partie du ponton, accoutrées de leur costume traditionnel- jupe noire, chemise blanche et pagne noir- et se mettront à tisser tout en discutant, rigolant et souriant. Nous quitterons cette petite île au goût de paradis avec un petit serrement de cœur avant de rejoindre celle de Taquile. Nous accosterons cette dernière au bout de quelques dizaines de minutes avant d’en commencer l’ascension à pied nos sans quelques efforts à cause du soleil qui s’abat sur le versant de l’île de façon plus drue.
Taquile est plus grande qu’Amantani mais lui ressemble comme deux gouttes d’eau d’un point de vue paysager. Des pentes verdoyantes striées par les nombreuses terrasses qui viennent se noyer dans le lac, un calme absolu orchestré par les éléments naturels -un bruissement de feuilles, un clapotis d’eau- et toujours ce sentiment d’apesanteur, de détachement par rapport à la réalité, cette sensation que le temps s’est arrêté…
Nous arriverons au bout de 1/2h au petit village où un temps libre nous sera accordé. Nous visiterons une petite exposition photo, un centre d’artisanat avec kyrielle de bonnets, gants et autres ponchos et un mirador d’où nous pourrons apercevoir sans se lasser du spectacle de tranquillité offert par l’environnement. Seules deux petites péruviennes gardant et guidant un troupeau de moutons à travers le dédale de petites maisons en pierre viendront troubler le silence de Taquile. Avec un couple de belges rencontrés sur notre embarcadère, nous grignoterons quelques sandwiches locaux sur la placette du village qui se verra sortir de sa torpeur par une procession de locaux affichant leurs plus beaux costumes traditionnels et paradant au son de différents instruments de musique. Voilà donc où étaient passés les habitants de cette île que l’on croyait inhabitée ou désertée…Ils se préparaient pour la cérémonie de Pâques.
Nous rejoindrons par la suite le reste du groupe dans un petit restaurant où le guide nous expliquera les spécificités culturelles de l’île. Ici, fait assez rarissime, ce sont les hommes qui tissent… et ces derniers portent des grosses ceintures de différentes couleurs qui déterminent leur statut social- notamment s’ils sont mariés, célibataires ou séparés. Ici aussi, par exemple, les fêtes autour du mariage durent plus de 8 jours… Une fois ces explications achevées, nous entreprendrons la redescente de l’île, de l’autre côté cette fois, par le biais de nombreuses et hautes marches. Il fait terriblement chaud et nous sommes bien contents d’avoir à descendre plutôt qu’à monter comme viennent en témoigner les corps transpirants et haletants des touristes croisés au cours de notre marche. Le bateau nous attendra à quai avant de regagner Puno au cours d’une traversée tranquille de 3 heures sur le lac qui nous fera repasser devant Amantani et les îles flottantes.
C’est en fin d’après midi que nous mettrons un pied sur la terre ferme avant de regagner notre hôtel et de s’abandonner une dernière fois dans les bras de Puno et de ses rues bourdonnantes de vie pour faire quelques achats alimentaires dans les marchés typiques de la ville. Toutefois, si ce n’est d’être le point de départ pour une excursion irréelle et hors du temps à la découverte des îles du Lac Titicaca, Puno, qui ne semble pas achevée dans sa construction, ne présente que peu d’intérêt. C’est pourquoi nous la quitterons le lendemain dès l’aube au travers d’un circuit garni de pauses culturelles et touristiques pour rejoindre Cuzco, fief historique et reconnu de l’empire inca et point d’orgue de notre périple péruvien.
Mais que cette pause, coupés du monde, sur le paradis et la quiétude d’Amantani et de Taquile fut appréciée à sa juste valeur... Et pour une fois de plus, comme c’est devenu une habitude délicieuse désormais, à notre plus grande surprise et pour notre plus grand bonheur...

Aucun commentaire: