mardi 23 septembre 2008

Jeudi 27 Mars 2008 : A l’assaut du Machu Picchu… (et accrochez vous, c est long...)


Par Hervé

Le jour ne s’est pas encore levé sur le paisible hameau de Aguas Calientes lorsque l’alarme sonne. Et pour cause, la montre n’affiche que 5h30…Laissant quelques minutes de repos supplémentaires à Cécile, j’irai sur la terrasse de notre chambre pour observer le panorama en toute quiétude. J’y entendrai les remous de la grosse rivière Urubamba qui s’écoule à quelques mètres devant moi et regarderai pendant de longues minutes les imposantes montagnes recouvertes de brume qui dominent la petite bourgade. A côté d’elles, le village semble miniature. Quant à ma propre personne, je n’ose même pas en parler. Et pourtant c’est avec un petit air de défi et d’arrogance que je regarderai en direction d’une montagne en particulier. La montagne en elle même ne m’intéresse pas. Non, ce que je recherche et j’imagine est ce qui se cache derrière…
Le clou de notre voyage, l’un des plus célèbre joyau archéologique de toute l’Amérique du sud, si ce n’est de la planète, hissé au rang de l’une des 7 nouvelles merveilles du monde. J’ai nommé la cité inca perdue de Machu Picchu…

Machu Picchu. Je répéterai ce nom pendant de longues minutes comme pour mieux me rendre compte de la réalité qui s’empare de moi, de la chance que je vais avoir dans quelques heures de pénétrer sur ce site si majestueux...

En effet, j’ai des amis et des parents en France qui vont se lever comme d’habitude, pour aller travailler, après avoir avalé leur petit déjeuner à la va vite et amené leurs enfants à l’école et qui vont passer leur journée au boulot, en essayant de régler des problèmes, d’avancer dans leurs tâches. Et moi, je suis là, au fin fond du Pérou, seul en face de cette rivière sacrée, avec ma douce qui dort non loin. Et à quelques centaines de mètres, l’un des sites archéologiques des plus mystérieux et des plus fabuleux qui nous soit permis de visiter dans le monde entier qui nous tend les bras…

Quelle chance avons nous…! J’en suis bien conscient. Même si nous l’avons provoquée et si nous avons consenti à quelques efforts et concessions, nous sommes bien conscients, chaque jour qui passe, de cette chance qui nous est offerte et que nous essayons de prendre avec le plus de bonheur, de plaisir et de profit possible…Combien de personnes de notre entourage réaliseront ce que nous sommes en train de vivre, de voir,… ? Le pourcentage est faible, nous le savons c’est pourquoi nous avons pour vous tous, fidèles lecteurs et supporters, membres de la famille, copains du rugby ou du travail, connaissances, une énorme pensée à chaque fois que nous allons accomplir quelque chose de grand… Et que nous essayons de le retranscrire au mieux à travers ces lignes parce que nous tenons à ce que vous fassiez partie de l’aventure, dans son intégralité et ses moindres détails, comme si on avait pu réaliser l’impossible rêve de vous avoir tous et toutes à nos côtés, pour profiter ensemble des instants magiques de ce voyage…

Après avoir préparé avec soin nos paquetages pour cette mémorable journée, nous descendrons les marches des escaliers pour rejoindre le rez de chaussée de l’hôtel et y engloutir un gargantuesque petit déjeuner servi sous forme de buffet. Nous en profiterons au passage pour préparer avec discrétion des petits sandwichs et s’emparer d’autres aliments que nous dissimulerons dans nos sacs à dos et qui nous serons bien utiles pour la journée…
Plutôt que de prendre le bus- moyen le plus rapide et le plus facile pour rejoindre le site situé quelques 400 mètres plus haut- nous choisirons la marche à pied et la montée des nombreuses marches en pierre descendues la veille…Ils sont fous me direz-vous ? Non, et bien que Cécile n’était pas favorable de prime abord à cette idée je pense, je tenais pour ma part à aborder ce site avec un minimum d’effort d’effectué, comme pour mieux mériter et savourer cette belle récompense. De plus, nous avons toujours opté dans nos excursions pour la version sport, aventure et proximité de la nature, quitte à dépenser des litres de sueurs supplémentaires et perdre quelques heures de sommeil, que les moyens tous simples directement mis à disposition des touristes.
Ainsi, malgré quelques bougonnements justifiés la veille de la part de Cécile à l’idée de la difficile épreuve qui nous attend et devant les nombreux bus qui commencent à mettre leur moteurs en marche, nous prenons malgré tout cette option pédestre pour rejoindre le site.
Le soleil ne se sera pas encore levé lorsque nous traverserons le pont enjambant le torrent, et c’est au travers des brumes épaisses enserrant le pied des montagnes andines que nous commencerons l’ascension de ce petit chemin permettant de rejoindre 400 mètres plus haut la citadelle inca, ce dernier se frayant un passage dans la jungle péruvienne via des centaines de marches pavées rendues humides et glissantes par la rosée. Pour nous éviter de nous focaliser sur la montée, nous déciderons de compter ces dernières, Cécile comptant les unités jusqu’à 10 et moi les dizaines…
L’ascension se réalisera finalement assez facilement. Nous commençons à être bien entraînés depuis quelques mois à ce genre d’effort et la chaleur n’est pas au rendez-vous, bien au contraire, car le fond de l’air est assez frais et humide. Et puis, le spectacle est de qualité…La forêt dans laquelle nous avançons est de toute beauté. Une variété d’arbres et de grosses plantes, toutes d’un vert profond et d’une densité étonnante, nous fait face. Des bruits de petits animaux ou d’oiseaux vivant dans cette immensité parviennent constamment à nos oreilles Par ailleurs, nous faisons souvent des haltes pour mieux apprécier la splendeur, le gigantisme et le caractère abrupt des andes péruviennes auxquelles nous tournons le dos.
Ainsi, après 1736 marches de gravies (!) et moins d’une petite heure d’ascension fort agréable, nous arrivons tout transpirant, à la manière de 2 aventuriers à l’entrée du site de Machu Picchu. Enfin…Bientôt ce moment tant attendu…Quelle impatience ! Après avoir montré patte blanche et surtout notre Boleto Turistico à la billetterie, nous pénétrons, tels des Indiana Jones dans les entrailles de l’ancienne cité …

Il n’y a quasiment personne sur les lieux lors de notre arrivée, hormis quelques téméraires comme nous dispersés sur le site. Les brumes sont toujours omniprésentes et se sont accompagnées d’une petite pluie fine. C’est donc dans un relatif climat de mystère conféré par ces conditions atmosphériques particulières et cet isolement certain que Machu Picchu s’offrira à nous…Qu’aurions nous pu demander de mieux finalement ? C’est parfait comme cela…Et c’est durant de longues minutes, postés sur un rocher nous donnant accès à la globalité du site, que nous resterons bouches bées, insensibles à la pluie fine s’abattant sur nos imperméables, à observer la citadelle. On y est… Nous seuls et le Machu Picchu…Ce dernier se présentant peut être sous un de ses plus beaux aspects. Avec ces brumes fumantes venant de nulle part et laissant apparaître de temps à autre les ruines ou les terrasses, cette pluie fine et uniforme conférant un aspect de fin du monde. Et surtout le fait qu’il n’y aie quasiment personne sur le site, nous laissons seuls face au monstre pendant de longues et belles minutes….
Nous nous imaginons un court instant à être les premiers à découvrir ce site…comme cet explorateur 100 ans plus tôt… C’est en effet un aventurier américain qui au cours de l’été 1911, découvrit la citée perdue. Il était pourtant initialement à la recherche de la cité inca de Vilcabamba qui devait être le dernier poste de retraite inca pour fuir la conquête espagnole et censée être encore plus profondément enfouie dans la jungle péruvienne. L’histoire raconte qu’il donna un sole à un enfant de la région pour que ce dernier l’emmène au pied des vestiges…
Après ces longues minutes d’observation et de contemplation, nous nous décidons enfin à pénétrer au cœur de la citadelle, sans cependant sortir le guide permettant de nous renseigner sur les bâtiments visités, car le but pour le moment est seulement de ressentir les premieres impressions et de nous imprégner totalement de l’atmosphère se dégageant des lieux et de nous imaginer à la place des habitants il y a plusieurs siècles.
Le site en lui même est exceptionnel. D’un extraordinaire état de conservation d’une part – on dirait presque qu’il a été bâti de toutes pièces il y a peu – et faisant montre d’une richesse dans la palette de ses éléments d’autre part, avec tous ces temples, terrasses et autres habitations qui composent l’habituel triumvat urbain – agricole – religieux d’une cité inca.
Mais au delà de la richesse et de l’état de conservation du complexe, c’est surtout la localisation de la citadelle qui nous stupéfait le plus. Ici, à plus de 2800 mètres d’altitude, posée sur un sommet, protégée par les flancs des vertigineuses montagnes andines et à plus de 3 jours de marche à pied de Cusco au travers de la dense jungle péruvienne !
In-cro-ya-ble. Les incas étaient complètement fous…
On peut plus facilement comprendre alors pourquoi un des derniers rois incas, Pachacutec, s’était réfugié ici pour fuir la conquête espagnole et pourquoi ces derniers ne trouvèrent jamais le refuge…On comprend aisément pourquoi aussi cette tanière est restée longtemps ensevelie sans qu’on ne se rende compte de sa présence. D’ailleurs, on parle toujours et encore aujourd’hui d’un autre temple inca, regorgeant de mille merveilles, enfoui encore plus profondément au sein de la forêt…

Cela fait déjà une petite heure que nous sommes sur les lieux et plutôt que de démarrer réellement la visite, nous choisissons d’effectuer l’ascension pour parvenir au sommet du Wayna Picchu. Il s’agit en fait du pic rocheux dominant le site que l’on peut voir sur toutes les photos derrière la citadelle et qui est conseillé pour son magnifique point de vue sur cette dernière. L’ascension étant limitée à un certain nombre de personnes par jour et fermant ses portes en début d’après midi, nous préférons la réaliser tout de suite et profiter ensuite du reste de la journée pour effectuer la visite proprement dite.
Un petit poste de contrôle est présent à l’entrée devant lequel, après passage de tourniquets, il nous est demandé de remplir sur le registre nom, prénom, no de passeport, signature et heure d’arrivée ainsi qu’une vérification de nos passeports. Pourquoi tant de précautions pour une simple marche ? Nous allons le savoir un peu plus tard…La pluie s’est arrêtée lorsque nous démarrons l’ascension avec au préalable, une petite pause déjeuner devant ces magnifiques montagnes pour entreprendre la montée avec un maximum de forces. Le sentier que nous arpentons est constitué d’une multitude d’étroites et hautes marches taillées dans la pierre ainsi que de gros cailloux posés à l’horizontale. Cet escalier précaire est rendu en outre glissant par la pluie qui s’est abattue durant ces dernières heures. Nous remarquons de plus avec stupéfaction que le vide est souvent très proche et qu’il n’y a aucune barrière de protection, même sommaire. Par ailleurs, de grosses chaînes présentes le plus souvent possible permettent de s’accrocher de l’autre côté à la paroi de la montagne... Le regard que me jettera Cécile à la vue de cette disposition se fera anxieux mais je tenterai de la rassurer sans pour autant l’être réellement. L’ascension se poursuivra ainsi durant plus de ¾ d’heures d’effort en zigzagant sur cet escalier de pierre qui vient lézarder le flanc du pic rocheux. La tension est montée d’un cran durant cette dernière heure car Cécile s’angoisse à la vue des nombreux précipices que nous avons longés et qu’il faudra recroiser en descente si le chemin du retour s’avère être le même. L’arrivée au sommet du Wayna Picchu ne viendra en rien conforter nos impressions ou proposer un moment de calme et de sérénité. Les passages se font plus raides – une seule personne à la fois pour circuler- et plus difficiles - il faut passer par des petits boyaux et escalader des grosses pierres. Le gros problème est que les a pics se font plus abondants pour ne pas dire omniprésents et que l’altitude prise n’arrange en rien la sensation de vertige et d’angoisse qui est en train de gagner Cécile. Impossible pour nous de se mettre quelque part sans avoir un précipice en face de nous et ce à quelques mètres. Impossible aussi pour ma part de trouver un m2 de surface un peu à l’écart et protégé du vide pour calmer Cécile qui commence a être gagnée par une réelle et sérieuse crise d’angoisse, preuve en est la couleur de plus en plus livide de son visage… Nous voilà donc pris dans le piège du Wayna Picchu… A plus de 3000 mètres d’altitude dans les andes péruviennes, au sommet d’un pic rocheux entouré de précipices non protégés et avec une Cécile tétanisée par la peur, prise de vertiges et d’angoisse et qui ne veut pas bouger d’un pouce. Je pensais que le malaise de la Nouvelle Calédonie ne serait que le plus gros incident, passé, du voyage mais non, voilà, à quelques jours de la fin, la peur panique du Wayna Picchu… « Hervé, mon Coco, il va falloir que tu sois bon » me dis-je, tout en cherchant rapidement des solutions. En effet, au fur et à mesure que les secondes passent, Cécile est de plus en plus tétanisée et je sais qu’un malaise de sa part dans ces conditions n’augurerait rien de bon. Il n’y a bien sûr aucun garde, aucun refuge et encore moins une infirmerie. Pour les secours, on peut donc oublier et quant à l’hélicoptère en cas de sérieux problèmes, impossible aussi d’y penser compte tenu des infrastructures présentes. Il va donc falloir ne compter que sur nous même en sachant que Cécile, dans l’état actuel des choses, est incapable de réagir ou de prendre une décision. Je n’ai donc pas beaucoup d’alternative et il me faut trouver une solution rapidement. Très rapidement même. La seule qui nous sera permise sera celle de la redescente immédiate, en espérant que Cécile veuille bien surmonter sa peur en affrontant à nouveau et pendant de longues minutes le vide. Je lui parlerai donc posément en la rassurant et en lui expliquant ce que nous allons faire et comment nous allons procéder. Nous essayerons plusieurs positions de descente – comme sur une échelle, accrochée à mon dos,…- mais Cécile refuse de voir le vide sous peine de ne pas bouger. La position que nous prendrons sera alors moi en position de descente, dos face à la pente, tenant Cécile fermement des deux mains, cette dernière descendant les escaliers un à un sur les fesses, tenant mes mains et ne regardant que moi, pas autre chose. Nous faisons des premiers essais qui s’avèreront concluants. La descente peut donc être amorcée. Un autre sentier tout aussi sinueux et dangereux, sous forme d’escalier, est à emprunter pour rejoindre le même chemin pris pour la montée. Ce dernier longe une ancienne citadelle sur la gauche mais surtout un précipice béant sur notre droite. C’est vraiment n’importe quoi. Nous sommes à moins d’un mètre du vide. Un pas de travers, une glissade et c’est la chute mortelle. Comment se fait il qu’ils n’avertissent pas les gens en bas du caractère très risqué, voire mortel de cette ascension ? Pas plus que nos guides ? Il y a du avoir des morts, des gens bloqués en haut, ce n’est pas possible autrement…Et pour les enfants ou les personnes âgées, je n’ose même pas imaginer…Enfin, pas trop le temps de penser à cela mais surtout pour l’instant à se sortir de ce mauvais pas. Je n’arrêterai pas de parler à ma douce pendant des interminables minutes afin qu’elle aie l’esprit occupée à autre chose. Je lui parlerai de tous les bons moments que nous avons vécus depuis notre rencontre et de ceux qu’il nous reste à vivre, des projets à accomplir, des personnes chères restées en France. Tout cela pendant que pas à pas, marche après marche, minute après minute, nous descendons les pentes suicidaires de ce satané Wayna Picchu…Nous croiserons bien sûr beaucoup de personnes qui nous regarderons d’un air souvent intrigué, parfois moqueur, mais nous n’avons cure de ce que les gens pensent, l’important est de redescendre et peu importe aussi du temps que ça prendra…Au fur et à mesure, le sentier se fait plus sécuritaire, les chaînes offrent un secours des plus précieux et Cécile reprend peu à peu des couleurs et confiance en elle. C’est finalement après plus de deux heures d’une interminable descente que nous arriverons au poste d’entrée. Sains et saufs. Ensemble. Ouf…Plus jamais ça…Après avoir signé le registre avertissant de notre retour – on comprend désormais pourquoi tant de formalités – nous nous poserons pendant de longues minutes sur un morceau d’herbe du site, afin de reprendre nos esprits et nos forces.
Cécile me remerciera de mon aide précieuse et de mon assistance et se verra désolée de cette crise d’angoisse. Mais comment pourrai je lui en vouloir ? Ce petit bout de femme fait preuve de tellement de courage, de force et de résistance depuis le début de ce difficile voyage que je ne peux lui reprocher ces rares instants, qui plus est justifiés, où elle perd un peu les pédales. Quant à moi, je n’ai fait que ce que j’avais à faire, dans la mesure de mes possibilités, m’étonnant même au passage de ne pas avoir été pris à mon tour et en même temps de cette crise de panique du au vertige… Et tant mieux en même temps sinon on serait encore là haut à l’heure qu’il est…
Ce petit moment de répit et de repos passé, nous enchaînerons avec la visite guidée que nous avions pu reporter la veille et qui nous mènera pendant plus de deux heures dans les moindres recoins de la citadelle. Le site est désormais bien différent de l’état dans lequel nous l’avions laissé quelques heures auparavant. Les brumes fumantes et la pluie ont disparu pour laisser place à un beau soleil qui vient inonder les terrasses et multiples constructions en pierre sèche. Par ailleurs, la fréquentation n’est plus la même non plus. Machu Picchu est désormais grouillants de touristes (on dénombre jusqu’à 2500 visiteurs/jour…) qui ne sont pas les marcheurs audacieux revenant du chemin de l’inca tôt dans la journée mais plutôt des personnes qui font l’aller-retour depuis Cusco en une seule journée via le train. En ce sens, le temps leur est compté. Ils prennent le maximum de photos possible et restent pendus aux lèvres de leur guide dans le but de ne pas perdre une miette de l’excursion proposée. Heureusement que le site est grand et étalé ce qui permet malgré tout l’afflux d’avoir une relative liberté dans les déplacements et dans l’écoute des paroles du guide. Ces derniers utilisent d’ailleurs la technique du parapluie de couleur, procédé déjà vu aux chutes d’Iguacu, afin d’être repérés et suivis par la kyrielle des groupes de touristes. Pour notre part, nous suivrons attentivement l’ensemble de la visite guidée en écoutant et essayant de comprendre du mieux possible le discours qui est bien évidemment en anglais.
Nous apprendrons que Machu Picchu aurait été construite aux alentours du 15ème siècle, soit une centaine d’année avant le déclin de l’empire inca et la conquête du territoire par les troupes espagnoles de Pizzaro. La citadelle comptait à l’époque plus de 200 maisons, regroupait 1000 habitants, et respectait la structure d’une ville inca avec l’aire réservée à l’agriculture, les résidences et la religion. C’est ainsi que l’on peut apercevoir bon nombre de rues, d’escaliers, terrasses et autres temples voués à l’étude des astres. Il ne manquerait sur le site que la présence de silos pour stocker la nourriture. Les péruviens aimaient bien aussi donner à leurs villes des comparaisons avec des animaux. Ainsi, les montagnes dominant Machu Picchu auraient la forme d’un condor et d’un jaguar tout comme la cité qui du haut du Wayna Picchu, prendrai aussi la forme d’un condor aux ailes déployées. C’est vrai que vu comme ça, ça peut donner du sens mais il faut quand même aller se le chercher parce que ça ne saute pas aux yeux de prime abord…

Malgré l’ensemble des explications données, nous restons bouche bée par l’emplacement en lui même de Machu Picchu. Il faut savoir qu’aucune route n’était construite à l’époque pour rejoindre Cusco et qu’il fallait plus de 3 jours de marche…Comment ce peuple inca a-t-il fait pour vivre en autarcie la plus totale ? Quelle communication avec l’extérieur pouvait il se permettre?
Nous sortons fourbus de la visite – encore de la marche !- mais très contents d’avoir pu découvrir ce site fabuleux que l’on aura arpenté dans les moindres détails. Il est en effet bientôt 15h et cela fait déjà plus de sept heures que nous sommes sur le site… Alors que la foule se sera évaporée comme par magie, nous ferons durer le plaisir en allant nous prélasser au soleil, sur l’une des multiples terrasses ou paissent librement des camélidés que l’on peut approcher et caresser sans risque. C’est un instant assez particulier que nous sommes en train de vivre et où je ressens personnellement que le voyage touche réellement à sa fin. Machu Picchu en constituait la dernière étape et nous venons de vivre celle-ci. Il ne reste plus que quelques jours à passer au Pérou, sans grande visite au programme et dans moins d’une semaine, nous serons à Montréal où nous poserons nos valises quelques mois durant. Un sentiment mêlé de chagrin, de joie et de mélancolie me prend aux tripes. Je sens bien que j’arrive aux dernières pages d’un livre fabuleux que je n’ai pas envie de refermer…triste réalité me direz vous ? Non, je n’ai pas à me plaindre mais au contraire à savourer encore et encore de ces immenses moments qui resteront gravés à jamais dans ma vie. Je ne sais pas ce qui m’arrivera dans l’avenir mais je sais que ce tour du monde restera une expérience forte ancrée dans mon histoire personnelle et que cela, personne ne pourra me l’enlever…Alors, je reste là, pendant de longues minutes, sur cette terrasse du Machu Picchu, à scruter les montagnes le regard un peu dans le vide, tourné vers ces 3 mois intenses qui viennent d’être vécus. Plein d’images se bousculent dans ma tête sans que j’arrive à en retenir une en particulier. Et c’est peut être ça le plus beau. Il est encore trop tôt pour faire un réel bilan mais l’heure difficile des adieux de ce voyage a sonné. Je quitterai le site, Cécile tout près de moi et qui a compris mon désarroi et ma tristesse me tenant fort la main, non sans faire un dernier adieu à la citadelle, comme on regarde une personne une dernière fois en sachant qu’on ne la reverra jamais.
Le bus nous ramènera à Aguas Calientes via cette route sinueuse bordant le précipice où nous récupérerons nos bagages à l’accueil de l’hôtel. Nous achèterons de quoi nous restaurer dans les multiples échoppes de la ville qui a la particularité d’être traversée par une voie ferrée sur laquelle chemine ce fameux train jaune et bleu, ce dernier ayant son terminus dans la courbe de la vallée non loin de là. Nous reprendrons la petite route traversant l’Urubamba et l’immense marché artisanal couvert pour rejoindre la petite gare. Un dernier adieu adressé à Aguas Calientes et au monstre d’archéologie et d’histoire se cachant derrière ses hautes montagnes, nous monterons dans le petit train pris à l’aller qui nous amènera en gare d’Ollataytambo. Le voyage du retour sera pénible car un groupe de jeunes randonneurs de je ne sais quelle origine ne cesseront de rire et de parler très fort sans respecter le calme des autres passagers dont nous faisons partie. Nous sommes exténués avec Cécile et l’heure est plutôt au repos, aux souvenirs et à la mélancolie qu’autre chose. Tous les passagers débarqueront en gare d’Ollataytambo et s’empresseront de monter dans les différents bus des tour opérateurs prévus à cet effet. Sauf nous bien sûr qui chercherons désespérément notre mini bus mais aucune pancarte avec notre nom où celui de notre compagnie pour nous aider dans notre quête. Ce n’est pas possible, quelle journée ! En même temps, nous relativisons beaucoup, comparativement au Wayna Picchu, et prenons même ce petit incident à la rigolade. Nous chercherons malgré tout une solution rapide car les bus commencent à se remplir et partir pour Cusco. On ne va pas quand même pas rester ici toute la nuit, il nous tarde de rejoindre notre lit douillet…Je commencerai à négocier une paire de places dans l’un des tous derniers bus lorsque quelqu’un, casquette vissé sur la tête et proche d’une petite voiture sans prétention, viendra nous voir en nous disant « Vertran Gerber ? » avec une pancarte mentionnant ce même nom. Je commencerai à répondre par la négative en disant que ce n’est pas nous et que finalement nous ne sommes pas les seuls à chercher la bonne personne… bien qu’il ne reste plus que nous sur l’immense parking hormis quelques bus sur le départ ! Et puis, pris d’un doute, je me tente à demander de quelle compagnie est la personne avant que ce dernier me réponde Alfa Turismo qui est la nôtre. Très contents de cette réponse, nous expliquons notre cas en disant qu’il doit y avoir erreur sur la personne - peut être ce Vertran Gerber est il resté à Machu Picchu ou a pris d’autres moyens de locomotion ?- mais que nous désirons profiter de cette absence pour monter avec lui et regagner Cusco. Ce dernier passera un coup de téléphone à Cusco pour avoir confirmation de notre identité et une fois ce dernier raccroché, me désignera tout en tapant du doigt sur sa pancarte d’un air quelque peu agacé. Ca y est, je viens de comprendre. Je suis ce Vertran Gerber ! Et la personne qu’il vient chercher et qui manque à l’appel c’est tout simplement nous…Incroyable. Parce que des déformations de nom, j’en ai eu, et des plutôt belles mais alors là c’est la médaille d’or et de loin ! Passer de Beltrand Hervé à Vertran Gerber, moi je m’incline et je dis chapeau bas…J’en connais d’ailleurs une qui va m’appeler Gerber pendant quelques temps…Rigolant de cette anecdote et essayant de l’expliquer au chauffeur, nous nous engouffrons tout heureux dans la voiture qui prend la direction de Cusco. Une minute trente est le temps que mettra Cécile pour s’endormir à l’arrière de la voiture alors que, situé à l’avant sur le siège passager, j’essaierai de discuter avec le chauffeur dans ma quête infinie d’en savoir plus sur les autochtones et la vraie vie du peuple péruvien. La route est sinueuse, bosselée et il fait nuit noire. Je suis persuadé qu’il va nous arriver un truc – un pneu crevé, un lama sur la route, un éboulement, des bandits, un couteau sorti de sa poche- mais finalement nous arrivons sains et sauf sur les hauteurs de Cusco qui comme Machu Picchu, prendrai la forme d’un tigre vu de là. Mais là, je vous avoue que l’on a autre chose à faire que de faire travailler notre imagination. Il est tard et nous sommes extenués par notre journée dont j’ai du mal à retracer le cours des aventures. Le départ pour le sentier pédestre menant à Machu Picchu me semble si loin…Et pourtant…

Inutile de vous dire que l’on a pas réveillonné à l’hôtel… Il n’aurait d’ailleurs pas été impossible que je me couche tout habillé sac à dos sur les épaules, ou que Cécile s’endorme la tête dans le lavabo, la brosse à dents dans la bouche…Mais non, assez de forces pour nous engouffrer dans le lit, nos corps fatigués prêts au repos mais nos esprits toujours en effervescence, accrochés aux cimes brumeuses de cette si majestueuse cité inca…

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